L’intervention de Bertrand Delanoë au CN de synthèse
30 | 26 septembre 2008Mes chers camarades, à ce moment important de la préparation de notre congrès, moment même un peu grave, sérieux, passionnant, je voudrais d’abord que tous ensemble, nous portions la fierté de notre démocratie interne.
Si je pense à l’autre principal parti français, l’UMP, caporalisé, centralisé, au service d’un homme, nous avons dans notre identité ce goût de la pratique démocratique.
Je n’ai pas envie que - dans un débat qui devra être respectueux, qui devra permettre l’expression de différences, qui devra nous tirer vers le haut - nous confondions débat d’idées et division. Nous devons l’aimer, cette démocratie, et nous en servir.
Chers amis, je crois que c’est d’autant plus important que l’on parle trop des socialistes à travers un certain nombre de figures nationales, dont moi. Je crois que si nous sommes un grand parti démocratique, c’est parce que, dans notre famille, le pouvoir n’appartient qu’aux militants. Et je trouve très bien, très heureux pour notre vie commune que chaque militante, chaque militant ait un pouvoir égal, en toute liberté, en toute conscience, de choisir une orientation politique, une stratégie politique, un programme de travail pour le parti et une équipe avec un animateur.
Chers amis, c’est bien d’avoir ce terreau-là pour tenter de faire du bon travail dans le congrès de Reims, car ce congrès, nous le devons d’abord aux Françaises et aux Français, dans la confrontation de nos idées, à travers l’échange entre ces six motions.
Nous pensons tous aux Françaises et aux Français qui ont besoin de nous.
Quelles réponses parvenons-nous à donner aux sept millions de Français qui vivent en dessous du seuil de pauvreté ? Quelles réponses parvenons-nous à donner au 1,3 million de salariés contraints au temps partiel, et donc qui ne peuvent vivre décemment ?
Quelles réponses donnons-nous aux Françaises et aux Français qui voient leur pouvoir d’achat régresser sur la dernière année ?
Quelles réponses donnons-nous aux classes moyennes qui sentent que l’effort n’est pas également réparti ? Quelles réponses donnons-nous aux Françaises et aux Français qui sentent notre cohésion nationale menacée par des atteintes aux libertés, par un recul des droits, par la mise de l’audiovisuel public sous la coupe d’un pouvoir politique, par le recul de l’engagement de l’Etat pour la culture ?
Chers amis, ces très longs textes - que nous avons tous beaucoup travaillés et qu’aucun de nous ne peut présenter en un quart d’heure - serviront tous à donner une réponse aux Françaises et aux Français sur des questions qu’ils se posent pour aujourd’hui et pour leur avenir.
Le congrès de Reims intervient au moment d’une des pires des crises du capitalisme financier, c’est le moment où jamais pour la gauche, pour les socialistes de dire que dans l’économie de marché, c’est le rapport de forces qui permet de créer de la régulation. Et si l’économie de marché s’étend aujourd’hui à l’échelle de la planète, alors ce que nous portons comme projet, c’est un projet de régulation à l’échelle de la planète et cela commence par l’Europe.
Chers amis, il est choquant sans doute pour nous tous de constater qu’au moment où la France préside l’Union Européenne, il n’y a aucune proposition - ou alors elles viendront tardivement, dans quelques jours - de régulation à partir de l’Europe, car l’Europe a encore un message à porter pour le monde, et notamment pour affronter les défis du XXIe siècle.
Oui, la motion que nous présentons est clairement européenne, clairement fidèle à l’idéal européen de l’origine. Cela ne veut pas dire que nous pensons que l’Europe marche bien, que nous ne voulons pas nous battre fortement pour un progrès de la démocratie en Europe. Et en particulier pour la responsabilité de la commission européenne devant le représentant des peuples, c’est-à -dire le Parlement européen.
Au contraire, nous avons dans notre projet la détermination de travailler avec tous les partis progressistes européens, pour des avancées sociales, pour que les peuples européens retrouvent cet idéal, cet engagement, cette citoyenneté, cette adhésion à ce magnifique projet.
Il y faut plus de démocratie, plus de justice, plus de droits. C’est aux socialistes et aux sociaux-démocrates européens de porter ensemble ce projet-là . C’est aussi aux socialistes français d’influencer leurs camarades européens, pour que ce projet européen existe. Et il y a urgence, car les élections européennes se dérouleront en juin prochain.
Chers amis, nous devons apporter des réponses à un nouveau défi exigeant, passionnant : le défi écologique. Car au XXIe siècle, nous ne pouvons pas séparer l’ambition sociale et l’ambition écologique. Nous savons bien que ce sont les peuples les plus faibles qui souffrent le plus des dérèglements climatiques. Nous savons bien que dans notre société ce sont les familles les plus modestes qui ont le plus de mal à payer leur facture énergétique, à isoler leurs logements. Aujourd’hui, nous socialistes du XXIe siècle, nous devons être en même temps des combattants de la justice sociale et des combattants écologistes.
Chers amis, on ne peut pas aujourd’hui être socialistes et crédibles si on dit aux citoyennes et aux citoyens « élisez-nous et huit jours après on aura réglé tous vos problèmes ». Notre motion fait des choix, établit des priorités, veut la création de richesses, au service du progrès social, au service de la redistribution, elle indique aussi des moyens : dans ce monde compétitif, faire le pari de l’investissement sur la recherche, l’innovation, la compétitivité au service de l’emploi et au service de la redistribution, je n’ai pas le temps de détailler, mais dans notre motion, nous en parlons largement.
Chers amis, l’orientation de notre parti sera choisie par les militants, et je respecte les autres idées. Notre motion parle clair sur les rassemblements. Nous ne pouvons mettre en œuvre un projet de gauche qu’avec des gens qui veulent un projet de gauche. C’est d’ailleurs parfois déjà difficile de le faire avec la gauche, alors imaginez de tenter de le faire avec ceux qui nous expliquent qu’ils sont à la fois de droite et de gauche. Mais comment nous, Parti Socialiste, pourrions-nous laisser se développer ce poison : « la droite et la gauche, c’est la même chose » ?
Non, chers amis, un projet courageux, un projet audacieux, un projet crédible et capable de réussir dans le monde tel qu’il est, mais un projet de gauche porté par le rassemblement de toute la gauche.
Et puis, un parti de militants, un programme de travail pour ce parti extrêmement ambitieux, et pour cela je vous renvoie à la motion. Je sais que ma candidature au poste de premier secrétaire peut parfois inquiéter, surtout quand vous aurez vu le programme de travail que nous proposons tous ensemble pour notre parti . Je vous confirme que si jamais les militants me choisissaient, nous aurions beaucoup de boulot, moi le premier, mais pas moi uniquement. Il y aurait vraiment beaucoup de boulot pour tout le monde car je crois que c’est ce que nous devons aux Français. Un parti ouvert sur la société, bien sûr. Un parti qui réapprend à élaborer avec les syndicats, les associations, les forces vives, un parti qui sait même le faire de manière décentralisée, car c’est aussi dans les départements, dans les régions que nous devons inventer le projet que nous présenterons aux Français le moment venu. Il faut réapprendre à faire un projet qui a une ambition nationale avec la richesse de nos élus locaux, non pas pour se cantonner dans nos collectivités locales, mais pour porter vers le projet national la compétence, l’expérience et la conviction que nous avons acquises, tous, dans les collectivités.
Je veux aussi dire un mot de l’équipe qui présente cette motion aux militants.
Chers amis, il y avait 21 contributions, il y a 6 motions, nous ne nous étonnerons pas que des contributions aient fusionné. Je veux vous dire ma fierté et aussi à quel point je me sens bien dans le fait que se sont, non pas ralliés mais rassemblés, beaucoup d’élus, beaucoup de responsables qui avaient écrit d’autres contributions. Je suis heureux que dans notre équipe il y ait Jean-Marc Ayrault, Jean-Yves Le Drian, le président de la région Bretagne, et le président de la région Aquitaine, Alain Rousset, et tant d’autres que je ne citerai pas.
Je suis heureux qu’il y ait aussi George Pau-Langevin, qui avait écrit une contribution générale. Mais je veux vous dire que je suis particulièrement confiant dans notre conviction, parce qu’il y a aussi le premier secrétaire. Alors, on me fait un procès : ah ! Bertrand, comment pourrait-il, avec toute cette équipe, rénover, puisqu’il est heureux d’être avec François Hollande, notre premier secrétaire depuis dix ans ? Chers amis, ce premier secrétaire, nous l’avons fait ensemble, nous l’avons soutenu ensemble, et certains d’entre vous sont ses secrétaires nationaux. Il faudra aussi, je préfère le dire dès maintenant, apprendre la cohérence et la solidarité pour s’engager ensemble.
Chers amis, je suis heureux d’être avec François, parce que c’est sur le fond que se fait notre accord, nous sommes ensemble des réformistes, nous voulons une efficacité de gauche, nous sommes européens, nous aimons ce parti, nous voulons qu’il ait de la force, que les militants aient le dernier mot et qu’ils soient en toutes circonstances respectés, qu’aucun de nous ne se sente au-dessus de la décision des militants du Parti Socialiste.
Chers amis, je vais aggraver mon cas : je sais qu’on fait du neuf avec du neuf, mais je vais vous le dire avec toute ma sincérité : pour faire du renouveau, je veux avant tout être fidèle. Le Parti Socialiste ne commence pas avec nous. Je veux aggraver mon cas, chers amis, je suis candidat au poste de premier secrétaire du Parti Socialiste, je préfère vous le dire aujourd’hui, j’assume tout de notre histoire depuis Épinay, et moi je n’aurai honte d’aucun premier secrétaire, de François Mitterrand à François Hollande en passant par Lionel Jospin, Pierre Mauroy, Michel Rocard, Laurent Fabius, et Henri Emmanuelli.
Si je deviens premier secrétaire du Parti Socialiste, je porte tout l’héritage.
Enfin, je suis heureux d’avoir aussi pu nous rassembler avec Pierre Moscovici et toute son équipe. Chers amis, avec Pierre, nous avons parlé du fond. Ce que je disais pour caractériser le rassemblement avec François, ce sont ces idées-là , et vous voudriez que je ne me donne pas tous les moyens de rassembler les convictions, les talents au service d’une ambition collective ? Je suis très heureux et je le dis à Pierre, dont j’apprécie particulièrement l’engagement, et à tous ses amis : je suis fier de vous.
Chers amis, ce sera mon dernier mot. Six motions pour que les militants débattent et choisissent. À l’avance, je serai heureux du résultat. Je vous le dis : si j’étais conduit à prendre de grandes responsabilités, tous ceux qui auront voté les cinq autres motions m’importeront autant.
Et je sais que le Parti Socialiste a besoin de tous les socialistes, si nous voulons organiser ce beau rendez-vous entre les Françaises et les Français et nos valeurs, nos idées, notre combativité, pour nous opposer et pour proposer, chers amis, le débat, le choix et le rassemblement. Le congrès de Reims sera le congrès de tous les socialistes.


